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Port Au Port

Une dernière visite avant la grande visite

semi-overcast 15 °C

Bon matin d’automne,

la fin de semaine de pouceux n’était pas tout à fait terminée la dernière fois. Enfin, Gerry et Martha ne travaillaient pas, et ensemble et avec la sœur de Martha, nous avons fait une ballade d’auto dans les françaises contrées de Port-Au-Port, pour compléter en beauté le congé de l’Action de Grâces. À ma grande déception, il se trouve que ces contrées sont historiquement francophones, mais que le vent de la mer et aussi les politiques se sont chargés de Molière en l’assassinant lentement jusqu’à l’isoler sur deux petites îles européennes, tout près d’ici. Ainsi, plusieurs villages témoignent toujours d’un nom connu à mes sens, sans pourtant qu’une seule âme ne semble encline à me chanter quelques mots dans ma langue natale. On y retrouve également des traductions libres telles « Our lady of Lourdes » et autres loufoqueries du genre. Pourtant, environ 15% des gens parlent ici le français, et il s’agit du seul lieu officiellement bilingue sur l’île, statut datant de 1971… Qu’importe ! Le plaisir de finalement bouger un peu avec mes amis d’ici me fait rapidement oublier ces histoires de langue… et enfin je peux les présenter…

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Une île renferme plusieurs surprises ou incongruités qui ne se retrouvent nulle part ailleurs, j’en ai bien été témoin jusqu’ici. C’est donc presque sans surprise que notre route rencontre en cet endroit isolé une ferme d’alpacas, proches cousins des lamas péruviens ! Mais quelle chevelure ces animaux possèdent-ils !

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Enfin, le monde est rempli de mouvements désordonnés, alors il est tout à fait naturel d’observer ces bêtes andines dans ce monde de mers et de vents salins, ou est-ce moi qui ne s’étonne plus des humains farfelus qui s’amusent avec la nature ! Tout de même intéressant…

La saison des glaciers est terminée, comme la saison des baleines, qui sont parties depuis quelques semaines pour mettre bas dans les chaleureuses eaux des Caraïbes. L’automne est ici bien présent, comme me le rappellent chaque matin mes valeureux pas me conduisant, sous les pluies et le vent, vers le travail. Nous arrivons avec cette idée en tête au Cape St. George, haut lieu de falaises perchées devant les affronts des vagues terrifiantes battant les rochers avec force. Il semble cependant que quelques petits rorquals aient décidé de braver le froid un peu plus longtemps, peut-être suite à la demande de certains phoques ou autres créatures marines, mais il n’en demeure pas moins que ce spectacle de la confrontation entre les roches et l’eau est à ce moment bonifié de la présence de ces animaux majestueux, pour une dernière fois, du moins pour l’instant…

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C’est également sur cette route que je vois de mes yeux vus le plus terrible aménagement paysager que ma courte existence m’a permis de déguster. Aucune photo ne pourra le prouver, mais il faut tenter d’imaginer, sur un petit terrain, près de 200 pyramides d’environ un mètre de haut, formées de roches de la taille d’une balle de balle-molle, chacune peinte en blanc ou rose, le tout couvrant près de la moitié du terrain ! Quelle horreur !

Finalement, la visite des ces anciens lieux désertés par les colons français s’achève entre le soleil et la pluie, pour nous conduire jusqu’à un repas italien au restaurant, arrosé d’une bouteille de vin, de quoi me mettre d’attaque afin d’affronter la terrible semaine de trois jours qui m’attend avant de retrouver ma douce venue du ciel, fameux !

Louis

Posted by louiss 13:49 Archived in Canada Comments (0)

Green Gardens

Les aventures d'un pouceux !

rain 10 °C

Une semaine d’absence, de calme. Un temps à ne pas courir, à rester chez moi, à profiter de cette ville un peu. Un temps un peu pensif suite aux émotions de ce bateau de la fin du monde. L’automne est installé sur cette île mystérieuse. Le froid tente de convaincre les feuilles de changer de visage et de tomber sous son règne. Malgré tout, la région offre quelques sentiers intéressants, lesquels ne nécessitent aucun moteur ou embarcation pour s’y rendre. Je découvre davantage ce qui entoure mon lieu de travail…

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Le temps passe, le froid et le vent m’illuminent. Je n’y vois toutefois qu’un lent début. Il m’apparaît que le courage de courir vents et montagnes et marées s’effrite. Que ma contrée est loin en ces lieux sauvages et marins. Que mes amis sont dans un autre univers que le mien. Il me semble que j’ose imaginer mon amoureuse et que ces moments passés sont si vagues et si loin, que tout ce à quoi je peux penser m’enchante, m’inspire, me fait rêver. Pourtant, une force contient constamment ces pensées, comme si celles-ci me rendaient triste, ou m’empêchaient de vivre ici chaque instant. Cette force inconnue m’est favorable pour apprécier ma réalité, mais le feu bouillant en moi sait très bien qu’un autre monde plein de rêves et de folie m’attend également sur une autre île perdue. Comme il sera bon de se retrouver enfin et de te partager ma vie autrement que par ces mots qui ne peuvent se souffler ni te toucher.

Dans ce nouvel état d’esprit, il m’apparaît futile de louer une bruyante machine pour découvrir quoi que ce soit. Je suis en moi, et plus pensif. Néanmoins, je contacte une amie rencontrée en ces temps vikings pour au moins profiter un peu de l’extérieur. Nous choisissons de marcher la piste de Green Gardens, qui s’avère être un sentier débutant là où meurent les Tablelands et allant jusqu’aux falaises de l’océan. Cela est dans le Gros Morne, et je tente ma chance en valsant un peu du pouce près de la route. Tant de gens seuls, beaucoup de gens âgés, mais tout est si différent de l’Europe. Ici, on ne semble presque pas me voir, on m’offre rarement une réaction ou une raison; je suis presque invisible. Qu’à cela ne tienne, il ne faut toujours qu’une bonne âme pour atteindre le fond de sa quête. Bon, honnêtement, il en fallut quatre cette fois, afin de rejoindre Erika au point de rendez-vous quelque une heure trente en retard…

La piste est bien sauvage et il est étrange de commencer par descendre pour finir en montée au retour. Je me laisse surprendre par un premier océan d’octobre pour moi, océan annonçant le froid et la rigueur de l’hiver. Le paysage et la lumière sont à nouveau dignes du Gros Morne, et me rappellent la petitesse de l’Homme si jeune et naïf sur ces lieux anciens.

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Il est tard et j’ai l’honneur d’être invité à Rocky Harbour où je pourrai bénéficier confortablement d’un lit double dans la chambre d’ami et d’un souper de maman ! Je croyais bien rencontrer une famille typique, mais le père vit maintenant en Croatie, la mère comme la fille sont artistes, la famille a vécu à Yellowknife, à Inuvik, et sur l’île de Baffin, ils ont été plusieurs fois en Scandinavie où dans les nucléairement rudoyées terres du nord-ouest russe, puis comble de tout ça, le repas servi est indien… Vivement les mouvements humains ! N’empêche que ce sont tout de même de purs Terre-Neuviens avec leur accent, leur convivialité, chaleur et simplicité. J’en apprends évidemment beaucoup sur l’Arctique et les difficultés pour une famille à s’installer un peu partout pour le travail, sans stabilité ou réel ancrage. Je commence surtout à comprendre cette culture différente de la mienne, cet humour ironique, cette façon de communiquer sans trop laisser le visage ou les mains s’exprimer, et par-dessus tout cette approche puritaine, ou du moins plus distante, de ne pas toucher les gens, de ne pas les embrasser, et tous ces contacts chaleureux de ma culture. Il me semble que cela me manque tant, moi qui adore poser mes mains partout, ou sentir les autres contre moi. En plus, considérant que je dorme en capitaine depuis plus d’un mois, je vous avoue que jeudi sera un bonheur mielleux pour mes sens – j’ai de la très jolie et amoureuse visite pour ceux qui n’en sauraient encore rien ! Malgré cette approche différente, je sens que ces gens d’ici sont chaleureux et honnêtes. Je me sens également très bien dans cette maison, d’où la vue sur la baie et sur l’océan est magique, et où le bois dégage cette énergie de mon enfance ou de certains lieux « sacrés » et vibrants. J’ai même l’honneur d’être invité à la traditionnelle célébration de l’Action de Grâce, mais je refuse poliment afin de quitter sur cette bonne énergie.

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En ce dimanche froid et pluvieux, où les familles sont rassemblées joyeusement, il pourrait être difficile de trouver admirateur pour mon panneau indiquant Corner Brook… La route de ce parc est effectivement bien morne où je me trouve, et surtout plutôt délaissée des automobilistes. Mais les surprises arrivent toujours pour briser nos idées préconçues et préjugés, et c’est ainsi qu’un « Pop » et une « Nan », qui n’en ont pas l’habitude, me laissent monter. Et joie ! ils vont à Corner Brook ! Je fais donc tout le trajet avec eux, à condition que je surveille l’état des alléchantes tartes au citron mises au monde pour le dîner familial…

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Il me vient à cet instant des inspirations pour l’art et la création. Des goûts de créer et d’expérimenter. Cette particularité humaine me sonne triviale et fondamentale. Que serait l’Homme sans l’art, la magie ou les rêves ? Que serions-nous sans les « erreurs » passées, ou les essais créatifs réalisés sans blocage ? Je crois que cela me manque parfois, dans ma société où tout s’achète, mais où tant a perdu de sa saveur, de son authenticité, de sa pureté et de son énergie. Il me semble que la création est peu encouragée, au profit d’un résultat, d’une certitude, d’un gain monétaire. Cela s’inscrit dans mon sentiment de petitesse à l’échelle humaine; j’aimerais parfois tenter de travailler de mes mains, mais l’incertitude du résultat me laisse hésitant, ou me ralentit et même me bloque. Pourtant, je sais bien que plus cela progresse, moins j’apprends, moins j’essaie, moins je laisse ces rêves grandir.

Je ne veux pas devenir artiste nécessairement, mais cela s’inscrit dans un mouvement pour favoriser la culture, la tradition ou le sacré. Tant d’éléments peuvent perdre leur signification réelle, leur symbolique. Il m’apparaît essentiel de respecter les différences et de ne pas aseptiser l’humanité en lui attribuant une seule façon d’agir ou de penser. Sinon, on ne s’accroche à rien et tout peut rapidement devenir consommé et sans intérêt profond. Je considère que mes connaissances théoriques du monde et de son fonctionnement sont intéressantes, mais qu’elles ne doivent jamais me retirer la capacité de m’émerveiller devant la magie du monde ou le spectacle de petits détails simples qui font rêver. L’absolu, le routinier et la peur de s’exprimer représentent pour moi des destructeurs de l’humanité, et je souhaite y échapper.

Bon, ça suffit ces histoires de mes pensées de pouceux ! Malgré tout cela, laissez-moi vous confier que j’ai hâte en maudit de revoir ma petite Josyane et de lui donner tout mon amour que j’accumule depuis tant de lunes !

À la revoyure, pour de nouvelles aventures !

Louis

Posted by louiss 18:30 Archived in Canada Comments (0)

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