A Travellerspoint blog

Pas si morne que ça

semaine 3

semi-overcast 16 °C

Lundi. Retour aux choses plus sérieuses. Retour au travail. Retour au technique et plus rationnel. Pour ceux avec qui j’habite, retour aux choses sérieuses également. Retour à l’école. Une nouvelle arrivante à la maison. La semaine file et se défile, au rythme du travail et de beaucoup de mouvement ici. Elle est un peu plus difficile, car j’avais passé de très bons moments de sérénité durant mes quelques jours d’explorateurs. L’énergie a quelque peu changé depuis, question de me faire apprécier les rêveries ludiques qu’apportent les beautés de la vie. Une semaine aussi à vibrer sur ce musicien arménien auquel mon père m’a introduit l’an passé, mais pour lequel la vie ne m’avait pas encore prêté la bonne oreille… jusqu’ici. Peut-être est-ce les collines tout près qui ressemblent à celles de l’Arménie, qui sait ? Quand même, une semaine dynamique et sociale, remplie de discours, autant plein que vide. Cela dit, je ressens le besoin de passer du temps dehors, seul ou non, mais dehors. En effet ici, en plus de tout ce mouvement, le froid se fait sentir tranquillement et les feuilles rougissent doucement sous l’ombre des nuages surpopuleux. C’est tout de même un temps magnifique pour qui sait l’apprécier. Je me suis ainsi permis de découvrir un nouveau coin, tout près, tout juste à quelques mètres d’ici. La rue sur laquelle j’habite semble ne déboucher nulle part. Mais les piétons ont souvent quelques secrets et privilèges interdits aux voitures, ce que j’ai appris avec une certaine malice. Cela m’a permis de me laisser bercer, en plein cœur de la ville, par un spectacle d’étoiles et des quelques lumières urbaines. Devant cet éclat et sentant la brise automnale, j’ai compris que j’étais ici pour longtemps. Seul devant l’inconnu, dans cette espèce de ville en bol, la route au loin sur la colline étant mon seul repère vers chez moi, je tâcherai de ne pas l’oublier. J’ai donc savouré cet instant la veille d’une nouvelle excursion en terres nouvelles. Le lendemain, avec Sophie et un couple allemand, profitant d’un ciel particulièrement clair, nous nous attaquons à une randonnée magnifique que constitue l’ascension du Mont Gros Morne. Probablement deuxième sommet de l’île avec ses 806 mètres (Lewis Hills faisant 814m), cette gigantesque structure rocheuse est presque entièrement boudée par les espèces végétales, ce qui avait d’ailleurs capté mon attention la semaine dernière. On y retrouve cependant de succulents bleuets et autres pousses pour orignaux et caribous.

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La particularité de cette randonnée est que l’ascension se passe à un moment bien précis, impossible à manquer. Le sentier à cet endroit n’est en fait qu’un tas de grosses roches où se forment des torrents lors des pluies abondantes. C’est donc à faire en cas de beau temps seulement ! Et beau, c’est bien ce qu’il fait. Mais le Gros Morne est comme le gorille qui attend que tu escalades son visage, sans qu’il soit possible de déterminer s’il dort patiemment ou s’il te réserve quelques surprises. D’ailleurs, vu l’absence de sentier, je m’écarte un peu à droite et je finis presque par escalader le front de ce monstre tellement c’est pentu. Mais quelle joie, quelle allégresse et libération que d’admirer la vue de ce sommet plat, rocheux et quasi lunaire. Étant maintenant seul pour quelques instants, les quelques éléments qui affectent mes sens sont cette vue, le fin cillement du vent et le chant des roches glissant sur les autres lors de chacun de mes pas. Magique, intemporel.

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Durant mon absence s’est joint à nous Bruce, un autre collègue de travail qui passait par là bien par hasard. Nous voilà donc cinq au sommet d’un spectacle inspirant et apaisant. Au loin, les hauts plateaux des monts sauvages Long Range, puis un peu plus bas, la vue imprenable sur ce fjord tout fraîchement sortit de la dernière période de glaciation. Franchement une journée bénéfique à tous les points de vue.

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Le reste de la fin de semaine se passe tranquillement, enfin (!) en quelque sorte. Cela me permet de profiter de la ville et de reprendre des forces pour affronter une nouvelle semaine dont je n’attends que les surprises et les nouveaux mystères.

Louis

Posted by louiss 18:52 Archived in Canada Comments (1)

Les hommes du Nord

Semaine 2 en terre nouvelle

sunny 24 °C

Vendredi. Ce matin, la route s’annonce paisible, bien que parsemée de brouillard occasionnel allant jusqu’à quelques fines gouttelettes se posant sur le pare-brise. Direction boréale, au moins c’est déjà ça de connu dans un périple en solo où tout peut arriver... Tout de même, je sais que je compte oser emprunter la « Route des Vikings », s’étalant de tout son empire de Deer Lake jusqu’à l’extrémité nordique de l’île de Terre-Neuve, à l’Anse-aux-Meadows. Ce voyage dans le temps s’annonce fort en émotion, d’autant plus que j’entreprends le trajet en solitaire, tel un brave Viking seul dans son navire au plus fort de la tempête. La route me conduit dans un passé encore bien plus loin que je ne l’aurais imaginé. En effet, plutôt que de reculer de mille ans, ce qui me semble déjà pas mal, la vue d’une montagne d’une apparence très louche et bien différente de ses voisines recouvertes d’arbres et de vie me fait prendre un petit coup de quelques millions d’années. Différente, en effet. Cette montagne est toute ocre et, malgré le temps morne, brille telles les Cités d’Or perdues. Elle se nomme « Tablelands », apprendrai-je. Il s’agit d’une couche géologique jadis enfouie sous les profondeurs du plancher océanique. Lors de la collision entre les plaques océaniques et continentale, il y a plus de 400 millions d’année, la couche océanique n’a su résister et a dû de plier devant les attaques répétées de son adversaire, se glissant en dessous. Mentionnons toutefois que sa défaite laissa plusieurs cicatrices et marques au visage de la couche continentale, notamment les montagnes appalachiennes, à cette époque plus hautes que les himalayennes. Cela dit, quelques gaulois océaniques ont su résister à l’envahisseur et à le surplomber. Les « Tablelands » sont donc un vestige océanique de plusieurs millions d’années, témoin d’un passé auquel peu d’entre nous ont accès de mémoire… Ces roches me permettent donc d’entreprendre contact avec mes pensées intérieures et me relaxer durant quelque temps, savourant la chance d’être ici, d’être en vie, d’être conscient d’un chez moi. Ailleurs. Bien loin il me semble à cet instant, mais où sont des gens si importants.

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Bien que je sois à plus de 2000 km de la maison, les distances n’en sont pas moins longues une fois sur place. La péninsule nord étale d’ailleurs sa tentacule sur plusieurs centaines de kilomètres avant de mourir dans l’Océan. Ainsi et aussi avec cette pluie, je traverse le Parc du Gros Morne, qui porte bien son nom aujourd’hui, de façon assez rapide et pour me rapprocher de Saint-Anthony. Je ne peux trouver la force de m’arrêter que lorsqu’il est trop tard pour trouver un endroit propice à accueillir ma tente… En effet, rien n’éclaire cette île la nuit. Bien joué côté stellaire, mais un peu moins pour trouver un champ inoccupé où se poser en douce. Vu la robustesse de la Yaris entre mes mains, je me suis trouvé quelque peu orgueilleux de braver une route inconnue, la pluie, le noir et les orignaux qui parcourent les rues à bon escient et qui sont invisibles avec leur costume nocturne. Ah mon cher orgueil !

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Le lendemain j’en suis cependant bien heureux, car une heure seulement me sépare de ma destination. Le soleil n’a toujours pas pris le dessus, mais je peux contempler en route les chasseurs locaux, afférés à identifier et parfois même à tirer les orignaux directement à partir de la route, car de toute façon, à quoi bon se dissiper dans un fond de prairie, en haut d’un arbre et dans une cache aux odeurs peu rassurantes quand les proies s’offrent généreusement à tous les yeux qui veulent les voir ! J’arrive à peine à St-Anthony. Un bateau qui vient de repêcher son ancre vers le large fait demi-tour et le capitaine du tour d’observation de baleines m’invite à me joindre à eux, m’ayant pris pour un retardataire ayant déjà réservé… L’imprévu fait partit de tout bon voyage. C’est donc en moins d’une seconde que je ramasse mes habits chauds et me lance dans une aventure majestueuse et grandiose. La houle du bateau offre un certain défi pour tout équilibriste en quête de sensation. Mais la meilleure sensation est celle de voir ces baleines à bosses filer vers le Sud et les Caraïbes, en prenant soin de se gaver de capelans et autres poissons, pour accumuler les quelque quinze tonnes de graisse qui leur permettront de suivre une diète bien méritée sous le soleil ! Un spectacle bien gracieux et paisible qui me donne une joie certaine et profonde, en plus des gens intéressants rencontrés sur le bateau, notamment une sympathique septuagénaire du Texas devenue dépendante des voyages. Une belle discussion sur la vie de voyageur et l’esprit de découverte. Et puis sa réflexion après toutes ces années; ce qu’on vit et visite est très enrichissant, mais ce dont on se souvient le plus, ce sont de ces personnes magnifiques que l’on rencontre durant tous ces moments.

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Excusez la houle sur ce dernier...

Et bien oui, je me souviens de vous Madame! Et de vos yeux pétillants de bonheur et de simplicité… Tellement que le soleil a finalement su remporter sa guerre sur les nuages pour de bon. Il n’en demeure pas moins que les spectacles auxquels un voyageur peut assister peuvent le chavirer et l’amener dans des pensées profondes et lointaines. L’Anse-aux-Meadows est le lieu choisi, plutôt par hasard, par quelques Vikings vieux de mille ans, encore adolescents à l’époque, afin que l’humanité complète son premier tour du globe, bien longtemps après son apparition en Afrique. Le village de quelques huttes a été refait comme il l’était à l’époque. Tout simplement magique. Les murs de terre font plus d’un mètre d’épais, mais il s’agit d’une construction tout à fait adaptée. On peut encore sentir l’odeur que dégageait la hutte du forgeron à son apogée, de même que celle des draps tissés à la main et flottant au vent. Ces hommes nordiques me font sentir un peu chez moi, d’ailleurs quelqu’un me prend pour un norvégien, ou au pire un scandinave me dit-il… Mais mon admiration est encore plus grande. Assis dans les herbes longues et me laissant inspirer par ce léger vent et la mer juste devant, je me sens si petit, si dépendant de ma société, si incompétent. L’humanité a accompli de belles choses par ses sociétés, mais mon monde à moi se contrôle par ordinateurs ou s’observe par satellites. L’argent est sous forme de chiffre et les gens se parlent par courriel. Dire que ces gens avaient entre 13 et 18 ans quand ils partaient en mer, parfois seuls, et arrivaient à construire un village, fabriquer des outils et produire tout ce dont ils avaient besoin pour vivre, bon pas très vieux, mais vivre tout de même. J’admire ceux qui en sont encore capables aujourd’hui, et je souhaite en apprendre encore davantage. Le monde change si rapidement, et il y a tant de temps à perdre partout que je devrai peut-être me forcer à quitter ma Norvège tranquille pour une île atlantique inconnue, comme l’ont fait ces gens, et puis m’isoler dans un « chez moi », si je veux acquérir ces talents… Disons que mon présent me semble bien loin des ces vikings ou encore de ces fonds océaniques. Néanmoins, y vivre me permet d’apprécier ce riche passé et de l’explorer, je n’en suis donc aucunement nostalgique, simplement un peu désillusionné de mon savoir plutôt limité en fin de compte…

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Je découvre aussi un autre village viking, un peu moins historique et plus théâtral. J’y fais une rencontre un peu loufoque avec ce fou du village, sorte d’ex hippie un peu égocentrique, mais peinard au bout de son île terre-neuvienne… Le village donne accès à un petit sentier, qui finalement s’avère une courte piste de randonnée pour accéder à une colline dénudée et donnant une vue complètement circulaire sur toute la péninsule nord ! Quel bel endroit. C’est à ce moment aussi que je comprends une fois pour toutes que rien n’est un repère ici. Que tout est laissé à la liberté de tous et que rien n’est indiqué. Chaque personne peut aller où elle veut, tout est tranquille. Connu, mais non dit, enfin je cherche encore à le comprendre. Mais personne ne semble d’ailleurs être passé où je passe, ou bien en tout cas personne n’a laissé de trace ou très peu…

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C’est aussi cette absence de repères qui me rend moins à l’aise la nuit venue. Après avoir roulé un bout le long de la côte, j’installe ma tente près de la plage, supporté par les milliers d’étoiles venues me saluer. Pourtant, dans cette obscurité totale, j’aimerais bien une présence humaine, un certain éclairage, un point d’assurance. C’est étrange, ça m’habite, ça me contrôle presque. Pourtant, il me semble avoir déjà vécu ce type d’expérience. Cette fois, c’est différent. Je suis en terre étrangère, inconnue, et cette mer si près. Autant je la trouve inspirante et magnifique lorsqu’elle est baignée de soleil, autant la nuit elle me déconcentre et me déstabilise. Cette force n’arrête jamais, et peut parfois causer de mauvaises surprises. Je l’ai d’ailleurs souvent vécu à mes dépens, notamment la fois du crabe costaricien ! Ainsi, un sentiment d’inconfort, en plus des nuages qui semblent voiler le ciel de plus en plus, dans ce monde sauvage et libre, me pousse à défaire cette tente et dormir dans l’auto. Le lendemain, tout va bien, la pluie n’est pas tombée, le soleil brille encore, les vagues semblent calmes. Mais j’ai pourtant vécu une certaine angoisse. Réelle, tangible même. Après quelques réflexions, je l’attribue à cette absence de repères. Il n’aurait fallu que d’une autre personne, d’un chien à la limite, et tout aurait été différent. Je me demande comment surmonter cela, car dans ma vie, j’ai bien vu que d’affronter ses inconnus permet de grandir énormément, ainsi je ne voudrais pas passer à côté de cette chance. Pourtant je ne trouve pas encore de réponse. Malgré tout, le parc du Gros Morne m’appelle et je pars en randonnée vers un des fjords les plus impressionnants que je n’ai jamais vus, le Western Brook. Celui-ci a été creusé par plusieurs périodes de glaciation, la dernière datant d’environ 11 000 ans. Son escarpement est impressionnant, comme en témoignent les 160 mètres de sa profondeur ! Le sentier, bien peu balisé après un certain bout plus touristique, présente désormais de nombreuses parties boueuses où mes bottes prennent un malin plaisir à s’enfoncer. Toujours dans un esprit de liberté sauvage, je me dis que s’il m’arrive quoique ce soit ici, personne n’en saura jamais rien, étant donné que le sentier est marqué de plus de pas d’orignaux que de pas humains… Et puis il s’agit d’un pays d’ours, sait-on jamais. Finalement, la ballade s’achève dans toute sa solitude par un spectacle inspirant que représente l’entrée du fjord, accessible seulement par bateau, ou par kayak me dirai-je…

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L’après-midi prend son temps à travers le parc National, qui une fois un peu moins morne, présente d’innombrables et indescriptibles atouts que sont les Monts Gros Morne, Long Range et plusieurs autres phénomènes géologiques, toujours dans un contexte de littoral atlantique, de fjord, et de soleil chaleureux ! Ouf, quel périple au cœur de cette île fascinante et au cœur de mes fjords intérieurs qui ne cessent de reprendre leurs sens ! J’espère que vous aurez eu autant de plaisir à lire ceci que j’en ai eu à le vivre, à le laisser mijoter, puis à l’offrir.

Au plaisir,
Louis

P.S. pour ceux qui veulent être avisés lors d'une nouvelle publication, allez remplir les infos à la section Suscribe, tout en haut à droite dans le site...

Posted by louiss 18:53 Archived in Canada Comments (1)

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