Page Blanche
épilogue
12.12.2007
-5 °C
Page blanche, devant la fin, devant l’inconnu. Ce monde de mer et vent glisse rapidement sous mes pieds, qui reviennent bientôt sur la terre ferme, après un long périple dans l’océan. Je n’aurai jamais été excellent dans les départs, dans les adieux. Page blanche, car l’inspiration du moment se retrouve à côtoyer l’énorme boîte de souvenirs et de trésors précieux appartenants à un autre monde. Cette boîte que je cache en mon cœur afin de résister aux tempêtes trop puissantes. Cette boîte qui recommence à s’ouvrir lentement, d’elle-même, et me rappelle d’autres vies, d’autres instants, qui semblent parfois si lointains. C’est peut-être bien pour s’adapter à un lieu comme ici, et d’y vivre chaque instant sans regrets ou craintes d’ailleurs, mais ça peut être plus difficile pour l’autre qui attend au loin, les autres, qui peuvent se sentir moins considérés ou aimés. Page blanche devant cet entre-deux époques, cet entre-deux vies. La vie s’est changée pour moi, une fois de plus, comme il fait du bien, afin de ne pas stagner. La vie, ma vie, s’est sans doute transformée au fil d’expériences nombreuses souvent vécues en profondeur, du moins dans la tête. Je retourne dans d’anciens textes, d’anciennes photos, d’ici, de ma famille, de mes amis, et j’ai peine à croire que tout ça a pu réellement se produire. On dirait que les premières aventures sont déjà si loin, mais à la fois si près quand j’y replonge succinctement. Il me fera du bien de regarder le passé d’un œil plus distant, c’est bien certain.
Pourtant, ce monde m’apporte encore chaque jour, des connaissances, des paysages vierges de l’homme, des histoires locales savoureuses sur la chasse au phoque ou sur l’union récente avec le Canada, de la musique un brin irlandaise avec une touche québécoise, des regards qui ont défié la mer, des veuves qui ont perdu beaucoup dans cette lutte marine constante, des pentes enneigées sur lesquelles on glisse dans des simples jeux d’enfants, des… Ce monde est un peu devenu le mien, avec le temps et les échanges. Ce monde, je le quitte en sachant que bien des gens ont hâte de me voir, tout comme j’ai hâte de les regarder lentement pour les apprivoiser à nouveau, je le quitte en sachant qu’un autre lieu m’attend, que d’autres expériences viendront changer ma vie une fois de plus, que la mer ne sera que souvenir. Mais je le quitte en étant incapable de penser ne jamais y revenir un beau jour de tempête, froid et brumeux. La page blanche se transforme, elle se tasse doucement sous les souvenirs plein le cœur, sous les images ancrées au fond de la baie, sous le chant des baleines et le craquement des pas solitaires. Il reste peu de temps en ces lieux à des millions de kilomètres de la maison, mais beaucoup encore pour apprécier chaque moment, chaque musique du matin devant cette ville qui s’éveille au son de la sirène de l’usine, chaque chant du vent soufflant de plus en plus sa blanche fraîcheur sur le sol emprisonné pour de longs mois. Mais les cris en moi montent de plus en plus, une contrée et ses habitants me rappellent l’existence d’autres moments inspirants, d’autres rencontres et partages, et bientôt je ne pourrai plus contenir la pression de ce coffre intérieur rempli d’amour par tant de vie. L’avion me déposera dans une ville qui abrite quatre fois plus de gens que toute cette province, mais je ne m’en rendrai compte que lorsque j’y mettrai les pieds, comme toujours. Choc anticipé, certes, mais heureux et enrichi je reviens de cette aventure orientale, avec l’envie de revoir tant de visages. Page blanche, devant l’arrivée. Page blanche, qu’il ne reste qu’à remplir lentement. Un dernier merci pour tous les sourires et pleurs envoyés par les courants marins, ceux qui m’ont bien souvent fait autant grandir que la seule présence sur ce rocher à peine exploré. Merci d’être là et d’avoir été là, qui que vous soyez.
Au plaisir,
Louis







Quel bon dernier texte pour conclure cette aventure... J'ai encore les paysages purs de Terre-neuve gravés dans ma mémoire, mais depuis le jour où nous t'avons laissé dans cette ville inconnue, tant de choses se sont passées de ton côté. J'ai été supris par cet île que je ne connaissait vraiment pas. Avec tes textes, nous avons pu te suivre et j'ai eu l'impression je voyageait encore avec toi. Nul doute que cette expérience éloignée t'a fait grandir. Alors, la gang au palace t'attend en début de semaine prochaine pour fêter ton retour. Je suis certain qu'on a plein de trucs à se dire. Plus que 2 journées au pays des NF... À très bientôt !!!
12.12.2007 by MickyBoy