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Le Nord Sauvage

Retour sur le continent...

snow -1 °C

La vie reprend, la sève coule à nouveau dans ce ténébreux novembre. Bien que je connaisse ma sensibilité à ces sombres journées presque morbides, il me semble impossible de contrer complètement l’effet de voir la vie disparaître de mon environnement.

Olivier est arrivé dans l’élan de renouveau espéré timidement, et cela est très positif. Coralie, une amie de Sophie ayant déjà habité à Terre-Neuve, arrive aussi du Québec. Nous quatre Québécois choisissons donc de visiter notre Belle Province et ses environs pour la longue fin de semaine de quatre jours. Quoi de plus logique que quatre Québécois à Blanc-Sablon et au Labrador à la mi-novembre !

Noel, le père de la famille où réside Sophie, nous offre de couper la route en deux et nous laisse les clés de sa maison secondaire, située à Belburns, tout près de l’Océan. L’offre est géniale et la fin de semaine s’annonce rapidement signe de la fin des noirceurs.

Il est maintenant plus facile pour moi de m’exprimer entièrement dans une ouverture, et cela est définitivement enrichissant. Je me laisse à nouveau inspirer par les bijoux du Parc du Gros Morne, où les tumultes de novembre sont maintenant paisiblement recouverts d’une tendre blancheur qui calme et adoucit le décor, inspirant naturellement décembre et ses magnifiques journées extérieures.

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L’équipage est improvisé, mais tout à fait judicieux. La halte de Belburns permet d’apprécier un peu de vin près d’un feu de poêle, ce qui réchauffe les cœurs et anime les bonnes discussions permettant à tous de mieux se connaître.

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L’auto reprend la route au matin avec à son bord les quatre aventuriers en quête d’un défi nordique. Le paysage est sublime; la mer et ses plages se marient avec les montagnes tranchantes de froid. Mon sens de l’émerveillement me redonne la joie de vivre et d’apprécier mieux cette île récemment oubliée. La traversée s’effectue de justesse et le détroit de Belle-Isle dévoile son second visage, encore plus isolé que l’intraitable péninsule viking de Terre-Neuve : celui de Blanc-Sablon et du Labrador. La route est fidèle à l’Atlantique Nord; rude sauvage et magnifique. Nous laissons les tentes à part pour favoriser le repos de tous et aussi pour vivre la journée un peu plus tard que 5h00, l’heure de la noirceur hâtive en ces latitudes boréales. Olivier sort ses belles phrases et nous obtient un moitié prix pour un charmant petit chalet pour quatre. La voûte céleste est littéralement envoûtante, et nous espérons timidement quelques éclats d’aurores, qui finalement attendront probablement une nuit plus tranchante de froid pour annoncer leurs couleurs.

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Une bonne nuit de sommeil plus tard, le réveil est enneigé et venteux. Tout devient blanc et aucune activité touristique ne semble possible, confirmant l’idée que nous soyons probablement les seuls fous à visiter ces lieux isolés par un temps si hivernal. Je suis cependant tout excité, fidèle à mon habitude, et je suis si heureux d’être fouetté par ces flocons et de lancer des balles de neige à toutes les cibles inimaginables. Parlant de balles de neige, trois de celles-ci sont victimes d’un agrandissement considérable qui les transformera en le plus incroyable bonhomme de neige que je n’aie jamais vu. Jusqu’à impressionner les enfants qui une minute plus tôt tentaient de le détruire, avant qu’ils ne réalisent qu’il n’était quand même pas mal ce bonhomme à ceinture fléchée, il fallait l’admettre.

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Nous reprenons la route sur quelques kilomètres pour profiter de cette tranquille journée et atteindre entre autres Red Bay, d’où le nom origine de la couleur de la Baie lors de l’historique dépeçage des baleines. Pour rencontrer quelques personnes, il y a le fameux bingo de 2h30, où nous allons avec grand enthousiasme, pour finalement réaliser que la triste réalité technologique a entraîné les habitants à y jouer depuis leurs antennes satellites; à domicile… Il me semble que l’hiver ici doit être si rude et les opportunités si faibles, il ne me vient pour l’instant aucune raison de revenir ici pour m’installer à long terme, et que ces quatre jours sont enrichissants, mais comblent mon besoin de découverte actuel. La nuit et la neige se fondent encore ensemble et guident vers un nouveau sommeil dans ces joyeux temps boréaux.

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Ce n’est pas sans surprises à venir que nous nous réveillons une fois de plus avec plus de neige à l’extérieur. Le vent souffle ses furies sur la côte, mais naïfs sommes-nous d’imaginer encore que le bateau ne serait pas retardé par un temps pareil, ce qui est évidemment le cas…

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Quelle idée d’affronter cette côte délaissée de l’humanité par un temps si chancelant. Qu’importe, en riant de nous-mêmes, qu’y avait-il d’autre à faire de toute façon, nous profitons de cet intermède pour découvrir les territoires les plus orientaux de cette française province québécoise. La route 138 parcourt quelque 80 km de cette région sauvage où la neige recouvre les sommets dénudés d’arbres, tandis que le vent semble vraiment en avoir contre toute la région… Le paysage est magnifique, une fois de plus, et le bonheur est encore parmi l’équipage qui risque bien de ne pas rentrer à temps pour le travail.

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Nous cherchons un café paisible où passer du temps, mais le propriétaire grincheux et convaincu que nous avons bloqué sa toilette nous pousse à trouver un nouveau passe-temps dans cet endroit où il semble que les lieux publics sont plutôt limités. Un après-midi à jouer aux cartes plus tard, après une charmante discussion avec la serveuse du Pizza Delight, bonne nouvelle, le bateau a hissé ses voiles les plus durables et entreprend la courageuse traversée d’est en ouest, pour ensuite nous transporter jusqu’à notre île qui, en ce moment, semble bien davantage connectée au continent et au reste du monde que cette parcelle de terre nordique où nous nous trouvons. L’aventure permet également de rencontrer Judith, une femme venue de la ville trente ans plus tôt pour s’établir à Blanc-Sablon. Elle raconte la vie d’ici, ce qui l’anime, ses passions pour l’extérieur, pour les voyages, pour la vie calme et paisible. Cela nuance bien des propos et s’avère aussi une nuance quant à mon jugement que j’avais posé en disant que je ne vois pas ce qui m’attirerait ici à long terme. Ses expériences sont enrichissantes, et cela est sans doute une bonne raison pour laquelle le vent aura voulu nous garder quelques heures de plus de ce côté du détroit.

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La maison est encore loin de Ste-Barbe, mais bravant la tempête dans tout son courage et sa concentration, Sophie nous guide en sûreté vers un sommeil mérité, après avoir affronté dans la noirceur les tempêtes de neige occasionnelles et les fameuses côtes du Gros Morne. Il est 1h00, le réveil et le travail sont si près. Je suis crevé, mais mon cœur est empli d’une joie nouvelle, me permettant de voguer paisiblement vers mes rêves et d’être en accord avec mon être. Enfin, me dis-je ce matin en me réveillant dans cette ville récemment enneigée, pour la première fois depuis longtemps conscient de ma présence ici et de l’expérience unique à laquelle je touche depuis près de 3 mois maintenant. Encore et particulièrement cette fois, merci pour les récents commentaires de support et d’amour.

Paisiblement,
Louis

Posted by louiss 20:57 Archived in Canada

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