A Travellerspoint blog

Page Blanche

épilogue

snow -5 °C

Page blanche, devant la fin, devant l’inconnu. Ce monde de mer et vent glisse rapidement sous mes pieds, qui reviennent bientôt sur la terre ferme, après un long périple dans l’océan. Je n’aurai jamais été excellent dans les départs, dans les adieux. Page blanche, car l’inspiration du moment se retrouve à côtoyer l’énorme boîte de souvenirs et de trésors précieux appartenants à un autre monde. Cette boîte que je cache en mon cœur afin de résister aux tempêtes trop puissantes. Cette boîte qui recommence à s’ouvrir lentement, d’elle-même, et me rappelle d’autres vies, d’autres instants, qui semblent parfois si lointains. C’est peut-être bien pour s’adapter à un lieu comme ici, et d’y vivre chaque instant sans regrets ou craintes d’ailleurs, mais ça peut être plus difficile pour l’autre qui attend au loin, les autres, qui peuvent se sentir moins considérés ou aimés. Page blanche devant cet entre-deux époques, cet entre-deux vies. La vie s’est changée pour moi, une fois de plus, comme il fait du bien, afin de ne pas stagner. La vie, ma vie, s’est sans doute transformée au fil d’expériences nombreuses souvent vécues en profondeur, du moins dans la tête. Je retourne dans d’anciens textes, d’anciennes photos, d’ici, de ma famille, de mes amis, et j’ai peine à croire que tout ça a pu réellement se produire. On dirait que les premières aventures sont déjà si loin, mais à la fois si près quand j’y replonge succinctement. Il me fera du bien de regarder le passé d’un œil plus distant, c’est bien certain.

Pourtant, ce monde m’apporte encore chaque jour, des connaissances, des paysages vierges de l’homme, des histoires locales savoureuses sur la chasse au phoque ou sur l’union récente avec le Canada, de la musique un brin irlandaise avec une touche québécoise, des regards qui ont défié la mer, des veuves qui ont perdu beaucoup dans cette lutte marine constante, des pentes enneigées sur lesquelles on glisse dans des simples jeux d’enfants, des… Ce monde est un peu devenu le mien, avec le temps et les échanges. Ce monde, je le quitte en sachant que bien des gens ont hâte de me voir, tout comme j’ai hâte de les regarder lentement pour les apprivoiser à nouveau, je le quitte en sachant qu’un autre lieu m’attend, que d’autres expériences viendront changer ma vie une fois de plus, que la mer ne sera que souvenir. Mais je le quitte en étant incapable de penser ne jamais y revenir un beau jour de tempête, froid et brumeux. La page blanche se transforme, elle se tasse doucement sous les souvenirs plein le cœur, sous les images ancrées au fond de la baie, sous le chant des baleines et le craquement des pas solitaires. Il reste peu de temps en ces lieux à des millions de kilomètres de la maison, mais beaucoup encore pour apprécier chaque moment, chaque musique du matin devant cette ville qui s’éveille au son de la sirène de l’usine, chaque chant du vent soufflant de plus en plus sa blanche fraîcheur sur le sol emprisonné pour de longs mois. Mais les cris en moi montent de plus en plus, une contrée et ses habitants me rappellent l’existence d’autres moments inspirants, d’autres rencontres et partages, et bientôt je ne pourrai plus contenir la pression de ce coffre intérieur rempli d’amour par tant de vie. L’avion me déposera dans une ville qui abrite quatre fois plus de gens que toute cette province, mais je ne m’en rendrai compte que lorsque j’y mettrai les pieds, comme toujours. Choc anticipé, certes, mais heureux et enrichi je reviens de cette aventure orientale, avec l’envie de revoir tant de visages. Page blanche, devant l’arrivée. Page blanche, qu’il ne reste qu’à remplir lentement. Un dernier merci pour tous les sourires et pleurs envoyés par les courants marins, ceux qui m’ont bien souvent fait autant grandir que la seule présence sur ce rocher à peine exploré. Merci d’être là et d’avoir été là, qui que vous soyez.

Au plaisir,
Louis

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Posted by louiss 08:36 Archived in Canada Comments (3)

Océan Mer

toujours de nouvelles surprises

semi-overcast -6 °C

La bruine s’estompe et tout est plus clair. L’Atlantique m’habite pour encore quelques jours, heures, minutes presque. Les vertes contrées laissées derrière un peu plus tôt dans la saison sont maintenant recouvertes d’une tendre blancheur. Les derniers visages qui m’ont salué sont-ils aussi recouverts d’une nouvelle apparence, quand est-il de ce qui se cache derrière ? Le deuil oriental se fait progressivement, certes. La bruine s’estompe et je vois dans toute cette expérience terre-neuvienne un calme, une force inspirée de l’océan tardif, sans doute un enrichissement à plusieurs niveaux. J’ai quand même bien hâte de retrouver certains visages connus, surtout que les images commencent à se côtoyer en moi. Bon, il reste encore deux semaines dans ce monde fascinant, donc je me concentre sur le présent.

De retour avec les fidèles voyageurs Olivier et Sophie, suivant l’appel de la dernière chance – peut-être, la route du Gros Morne s’avère toute indiquée. Le temps est chancelant, quelques flocons, quelques rayons magiques à travers l’horizon ou sur les eaux vives qui nous entourent. Les Tablelands sont toujours l’objet d’autant de fascination, même avec leur nouveau manteau blanc. La piste de Green Gardens porte un peu plus mal son nom en cette saison où le décor ressemble davantage à un No Man’s Land ou un quelconque scénario déserté pour l’hibernation. Comme il est bon de prendre de l’air, de sentir ce vent puissant sur le visage, étant nous-mêmes les seuls obstacles à son passage dans ce pays abandonné.

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L’arrivée de ce sentier est toujours aussi spectaculaire, avec ses falaises surplombant l’infinie masse d’eau glaciale qui s’acharne nuit et jour à arracher le moindre bout de rocher. Cette fois, surprise, quelques moutons jouent dans ce qui constitue leur pâturage, ce qui est à la fois amusant et magnifique. Cela amuse également le chien qui s’énerve en jouant les bergers, ce qui se conclura plus tard en une triste fin pour une des pauvres bêtes, victime de tout ce spectacle inattendu et dans un terrain aussi dangereux que ces falaises. Celles-ci auront su s’assurer que jamais nous pourrions venir en aide au mouton sans risquer notre propre laine. Bref, triste fin. Mais cela est encore inconnu lorsque la mer de décembre dévoile toute sa puissance à travers les vents et l’odeur saline balayant toute la région. Le soleil joue avec les nuages, ce qui laisse entrevoir quelques magnifiques spectacles locaux, autant réconfortants qu’inspirants.

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Le retour est forcément un peu teinté de cette histoire de mouton, après que le chien l’eût redécouvert et que notre impuissance nous força à quitter. C’est drôle, ça fait environ trois semaines que nous nous voyons chaque jour tous les trois, et c’est encore toujours plaisant et dans un esprit de détente et de découverte, ce qui fait du bien. Histoire de célébrer cette époque qui risque de ne jamais se reproduire et aussi de fêter l’arrivée du mois de décembre, il semble que quelques baleines soient venues se joindre à nous. Et oui, des baleines ! en décembre, contre toute attente ! D’ailleurs, le biologiste m’avait dit en septembre qu’elles quittaient toutes pour le sud avant le mois d’octobre, donc je suis un peu confus. Si quelqu’un a une idée de que pouvaient bien faire une dizaine de baleines en décembre à Terre-Neuve, j’aimerais bien en connaître la cause… Trêve d’explications, le spectacle est tout simplement magique et gracieux, en plus, comme c’est dans la baie, le vent n’interfère aucunement avec le souffle de ces impressionnants mammifères, ce qui laisse planer une douce musique dans les airs et dans les cœurs !

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La visite de ce parc est toujours inoubliable, c’est exactement ce qu’il me fallait pour me sentir bien dans mon corps et sain dans mes esprits. La soirée se termine par un burger d’orignal afin qu’Olivier en ait son baptême, puis en maintenant fréquent repas des joyaux de la mer, du saumon cette fois, après les moules fraîches de cette semaine. Wow, la mer va me manquer, je le sais, je le vis.

À bientôt ! et encore merci pour les commentaires. C’est drôle, j’en ai reçu plusieurs cette semaine, ça fait plaisir, surtout pour ce type de texte auquel je n’ai pas habitué beaucoup d’entre vous…

Louis

Posted by louiss 18:29 Archived in Canada Comments (0)

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